Tribune parue dans l’humanité : Contre la finance, la République jusqu’au bout

Par Guillaume Etievant, Secrétaire national à l’économie du Parti de Gauche. La finance est l’ennemie de l’intérêt général. Alors que la France a plongé dans la récession, que le pouvoir d’achat s’effondre et que l’on compte 1500 nouveaux chômeurs chaque jour, les actionnaires continuent à s’octroyer des montagnes de dividendes. Les entreprises françaises distribuent aujourd’hui 7 fois plus de dividendes qu’il y a 20 ans. Aujourd’hui, la bourse ne sert pas à approvisionner les entreprises en capital pour leur permettre d’investir, de se développer et de créer des emplois : elle n’est là que pour les dépouiller et  asservir la société toute entière au seul profit des actionnaires.

Pour sortir de cette situation, il faut d’urgence réglementer la finance en revenant sur toutes les mesures de dérégulations votées depuis trente ans. A mille lieux de la pathétique loi bancaire votée par la majorité au pouvoir, nous devons séparer les banques de dépôts des banques de marchés et interdire les produits dérivés spéculatifs dangereux pour l’économie réelle (CDO, CDS, ventes à découvert, etc.). Dans le même temps, il faut imposer un niveau de rentabilité maximale par action pour sortir de l’obsession de la création de valeur pour l’actionnaire qui oblige aujourd’hui les entreprises à avoir une gestion de court terme et anti sociale. Notre politique sera menée en rupture avec les traités européens, auxquels nous désobéirons y compris sur la question monétaire pour avoir une monnaie au service des peuples et non des marchés financiers.

Mais tout cela sera insuffisant si nous ne brisons pas définitivement les reins des actionnaires.  Pour ce faire, il faut pousser la République jusqu’au bout en s’attaquant aux rapports de production eux-mêmes. Tant que les actionnaires seront tout puissants dans les entreprises, les crises reviendront éternellement et l’exploitation des salariés ne cessera pas. La 6ème République doit donc être la République des droits sociaux dans l’entreprise. Elle étendra la citoyenneté au monde de l’entreprise. Elle mettra fin au privilège fondateur du capitalisme par lequel la totalité du capital accumulé par l’entreprise appartient unilatéralement aux actionnaires. Elle rompra avec ce vol légal en conférant la propriété d’une part croissante du capital aux salariés en tant que collectif de travail, au prorata de la contribution du travail aux richesses produites. Elle étendra au maximum le fonctionnement des Scop (Société coopérative de production) pour que les dirigeants des entreprises soient élus par les salariés selon le principe un homme, une voix et que l’ensemble des décisions stratégiques soient débattues par le collectif de travail. Cette réappropriation de l’entreprise et du pouvoir économique par les travailleurs est indispensable pour sortir du salariat, obstacle historique à l’émancipation des travailleurs comme le furent l’esclavage et le servage autrefois.

C’est l’existence sociale des hommes qui détermine leur conscience. Le monde d’aujourd’hui est le produit du capitalisme. La conscience de l’homme est aliénée car il est séparé des produits de son travail et des autres hommes. Les idées et les doctrines libérales défendues par les actionnaires ainsi que par les gouvernements et les médias qui sont à leur solde résultent du régime capitaliste de production et de propriété. Les réformes votées ne sont que la volonté de la classe dominante érigée en loi.  En abolissant le capitalisme par la République poussée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’aux entreprises, nous  créerons un monde conforme à l’idéal de nos glorieux prédécesseurs de 1789. Nous bâtirons un monde vertueux qui, comme le disait le meilleur d’entre nous, Maximilien Robespierre,  substituera la morale à l’égoïsme, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, et la grandeur de l’homme à la petitesse des grands.

Publicités

Une réponse à “Tribune parue dans l’humanité : Contre la finance, la République jusqu’au bout

  1. Puisque la voracité des actionnaires capitalistes est telle, pourquoi ne pas pousser leur absurdité jusqu’au bout en proposant une rémunération des actions à hauteur du maximum possible, prélever jusqu’à 50%, 75% voir 100% du résultat net des entreprises. La contre partie à cette politique sera que les dites entreprises devront emprunter de manière active et intensive sur le marché des capitaux pour faire face à leurs besoins de liquidités afin de fonctionner ; bien évidemment cela ne pourra durer qu’un certain temps, mais nous pouvons compter sur la rapacité des actionnaires et la frilosité des banques pour que la durée soit suffisante, leur aveuglement vénal aménera tout naturellement ces entreprises en phase de cessation de paiement et de dépôt de bilan ; il s’en suivra que les actionnaires étant alors appelés en capacité de remboursement des emprunts contractés en leurs noms, puisque propriétaires des dites entreprises, seront à leur tour ruinés, l’entreprise ayant du emprunter plus que de raison, dans le pire des cas les banques quirographaires devront inscrire à leur compte de perte le restant des dettes non remboursées ; l’État, la République en responsabilité de l’économie nationale et garante de l’emploi salarié seront amené alors à nationaliser sans frais les entreprises ainsi rendues ingouvernables par la propriété capitalistique.

    Pour illustrer ce propos, je dirais que pour apprécier une bonne dinde à la Noël il faut par avance la gaver suffisament, une fois cela réaliser il ne reste plus qu’à la plumer, pour ensuite faire un bon repas.

    À contrario de ce que vous dites, il ne faut surtout pas réglementer, dans un premier temps, la finance, bien au contraire, il faut laisser le cycle se terminer dans son intégralité et l’hâter si possible, sans que cela ne se voit par trop, mais comptons sur leur âpreté aux gains pour qu’ils restent aveugle le temps nécessaire à la manipulation, de toute manière cela ne pourra qu’aller vite car ils sont terriblement vorace. Nul n’est besoin d’attendre une hypothétique 6è république pour agir, il sera toujours temps plus tard lorsque nous l’aurons établie de mettre en place constitutionnellement la restitution des outils de production et de travail entre les mains de la classe ouvrière ou du prolétariat, la forme et le moyen sera à discuter à ce moment-là.

    Dans la vie courante et dans les sports de combat, l’on m’a toujours appris qu’il faut savoir se servir de la force de l’adversaire, lui prendre son élan pour le prolonger et ainsi le faire culbuter, faire en sorte que sa hargne le rende aveugle, utilisons donc ses forces et sa cupidité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s