L’Europe n’est pas un tabou pour nous

Tribune de Guillaume Etiévant parue dans Marianne

Dans son livre polémique, « Les tabous de la gauche radicale, pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national », Aurélien Bernier pointe les impensés de la gauche de la gauche en matière d’Europe, de protectionnisme, et de souveraineté nationale. Guillaume Etievant, secrétaire national à l’économie et au travail du Parti de gauche lui répond.

L’Union européenne et la nation ne sont pas des tabous au sein du Parti de Gauche. Nous sommes un jeune parti qui tente d’être un creuset des différentes histoires de la gauche pour un jour réussir à être majoritaire dans le pays. Cela nécessite de constants débats en notre sein comme au sein du Front de Gauche. Ce qui peut apparaitre comme « flou » à Aurélien Bernier (lire l’article Si le Front de gauche voulait vraiment lutter contre le FN ), c’est simplement le long chemin vers l’unité de la gauche de transformation sociale, qui porte en son sein de nombreuses visions de la nation.

Nous sommes depuis longtemps conscients de la nécessité de sortir des traités européens. Toute la difficulté est de trouver la stratégie la plus efficace et qui respecte notre volonté internationaliste. Il est hors de question de calquer nos positions sur celles du FN sous prétexte qu’elles seraient plus audibles et facilement compréhensibles. A force de travaux et de débats au sein du PG, nous en sommes arrivés à la conclusion que la désobéissance aux traités européens était la bonne solution.

Si le Front de Gauche arrivait au pouvoir, nous aurions tout à fait les moyens de proposer à l’ensemble des pays de l’Union européenne un mémorandum avec l’ensemble des directives que, dans le respect du suffrage universel, nous refusons d’appliquer. Il est très peu probable que l’ensemble des pays membres accepteraient une modification des traités allant davantage vers l’intérêt général. Nous demanderons donc une clause nous permettant de ne pas appliquer ces directives. Si cela ne nous est pas autorisé, nous mènerons le rapport de force en faisant les changements constitutionnels nécessaires pour permettre à notre droit national de déroger au droit européen. Il n’y a aucun flou là-dessus au sein du PG. Notre résolution intitulée « Sortons de l’Europe austéritaire, désobéir pour ne plus subir ! » explicite cette position.

Notre stratégie est celle de la subversion au sein des institutions européennes, y compris sur la question de l’euro. Nous sommes prêts à réquisitionner la banque de France pour lui permettre de monétiser notre dette publique s’il s’avère impossible de modifier les statuts de la BCE. Cette politique de la tension au sein de l’UE peut aller jusqu’à une crise politique et diplomatique, voire à notre exclusion de la zone euro, même si ça n’est pas prévu par les traités.

Nous assumons ce risque et ferons le maximum pour coordonner cette politique avec tous les peuples européens qui le souhaiteront. Si la zone euro explose ou même l’Union européenne, ce sera alors sur des bases internationalistes et non des bases nationalistes. La dynamique que nous aurons créée nous aidera à construire d’autres solidarités avec les pays partageant notre visée.

Cette stratégie est à mille lieues de celles du Front National. Non pas parce que nous aurions un problème avec la question nationale, mais parce que nous ne partageons pas du tout la vision nationaliste du FN. A notre sens, le cadre actuelle de la démocratie, et donc de l’expression de la souveraineté populaire, est le cadre national. C’est bien en prenant le pouvoir en France, et en permettant à notre pays de mener, avec tous ceux qui le souhaitent, par la désobéissance aux traités européens, la lutte de classe au sein de l’UE, que nous pourrons changer les choses durablement. Nous défendons donc la souveraineté du peuple français dans une perspective internationaliste, loin des idées du FN.

Notre stratégie nécessite sans doute d’être davantage expliquée et diffusée. Et nous espérons convaincre l’ensemble du Front de Gauche de mettre la désobéissance aux traités européens au cœur de la campagne européenne de 2014. Quoiqu’il en soit, tous les ouvrages qui mettent, comme Aurélien Bernier, la question de la souveraineté populaire au cœur de leurs analyses du réel et de leurs propositions sont utiles à notre combat. Aurélien Bernier nous aide en ce sens à sortir de l’éternel clivage entre les euro-béats et les nationalistes pour trouver un chemin permettant au peuple de redevenir maître de son destin.

*Guillaume Etievant, Secrétaire National du Parti de Gauche et tête de liste Front de Gauche aux municipales dans le 10ème arrondissement de Paris.

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3 réponses à “L’Europe n’est pas un tabou pour nous

  1. Merci pour ce texte, je me réjouis de lire ce titre et cette prise de position claire.

    Mais je vois deux problèmes :
    1° ceci semble être la position du PG et non du FdG
    2° un manque énorme de lisibilité

    Pour le 1° vous dites « Si le Front de Gauche arrivait au pouvoir… » puis « il n’y a aucun flou là-dessus au sein du PG. » et plus loin « nous espérons convaincre l’ensemble du Front de Gauche »
    Ce n’est vraiment pas très clair… mais au final on comprend plus ou moins que cette position semble être celle du PG et non du FdG.

    Pour le 2° (mais c’est surement en partie une conséquence du 1°… et peut être une des limites du fonctionnement du front de gauche), sur l’euro comme sur le protectionnisme par exemple, tout cela n’est pas assez clair, pas audible, et rarement mis en avant par les têtes d’affiche du Pg ou du Fdg. La possible sortie de l’euro n’est évoquée que comme « dernier recours », jamais comme un point central d’un programme politique.

    J. Sapir reprochait même à J. Généreux de ne pas vraiment vouloir la sortie de l’euro : http://russeurope.hypotheses.org/1737

  2. Bah le truc c’est que visiblement, si la stratégie de désobéissance fonctionne, aurait on encore besoin de sortir de l’euro?
    C’est ca la question.
    Vu rapidement, je pense que si, pour deux raisons:
    1) les allemands et ce qui va avec seront en rupture tel que ca foutra tout en l’air rendant intenable l’EU dans sa forme actuelle.
    2) On peut etre plutot intérêt a quoi qu’il arrive en finir avec cet euro, ou plutot avec la monnaie unique pour passer a une monnaie commune.
    Sur ce point, Frédéric Lordon et Sapir quand aux différence entre les pays sont très convainquant.

    Je crois que Jacques Genereux a parler de ca aussi, il faut que je vérifie.

    Cela dit je comprend (c’est comme ca que je l’interprète en tout cas) que le PG ne veuille pas aller plus vite que l’histoire dans sa stratégie/communication.

    Ps:
    http://blog.mondediplo.net/2013-05-25-Pour-une-monnaie-commune-sans-l-Allemagne-ou-avec

    http://yuri.wainei.net/index.php/2013/09/30/frederic-lordon-revenir-aux-monnaies-nationales-pour-refaire-une-monnaie-commune/

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